Le Canada et le développement démocratique dans le monde

Le Canada et le développement démocratique dans le monde

Le Canada affiche un maigre bilan en matière de soutien à la démocratie dans le monde. Ce blogue suggère quelques pistes pour corriger le tir, tel qu’adopter un plan d’action


À plusieurs reprises, tant au Canada qu’à l’étranger, l’ancienne ministre des affaires étrangères du Canada, Chrystia Freeland, a exprimé sa préoccupation face à la montée du populisme et de l’autoritarisme dans le monde. Dans un discours prononcé en août 2018 à l’occasion de la réunion des chefs de missions de l’Allemagne, elle a répété : « À vrai dire, l’autoritarisme est en marche – et il est temps pour la démocratie libérale de riposter. À cette fin, nous devons en faire davantage. »

Au-delà des beaux discours, le gouvernement libéral n’a toutefois pas posé les gestes nécessaires au courant de son mandat afin de positionner le Canada en tant que chef de file dans le soutien aux efforts de développement démocratique. Alors que la conjoncture internationale actuelle nécessite une réponse forte du Canada, le gouvernement n’a présenté aucun plan d’action, et n’a pas octroyé les ressources humaines et financières nécessaires pour riposter à la montée de l’autoritarisme, du populisme et de l’extrême-droite dans plusieurs régions du monde.

Un maigre bilan en matière de soutien à la démocratie dans le monde

En juin 2019, le Comité permanent des affaires étrangères et du développement international de la Chambre des communes a publié un rapport intitulé « Renouvellement du rôle du Canada dans l’aide internationale au développement de la démocratie ». Ce rapport explique comment la promotion de la démocratie n’a pas été une priorité des gouvernements au courant de la dernière décennie et propose une série de recommandations pour y remédier.


Bien que le gouvernement de Justin Trudeau ait choisi de mettre l’accent sur le rôle de la société civile et la participation des femmes, il ne s’est pas grandement démarqué du gouvernement précédent en matière de soutien aux efforts de développement démocratique dans le monde


Le Canada ne dispose à l’heure actuelle d’aucune institution dont le mandat central est de soutenir et coordonner les efforts du Canada en matière d’aide au développement démocratique dans le monde. Le Bureau de la gouvernance démocratique, qui a été créé en 2006 au sein de l’ancienne Agence canadienne pour le développement international (ACDI), semble avoir été dissout. Droits et Démocratie, une institution indépendante créée en 1988 pour appuyer les droits humains et promouvoir la démocratie dans le monde, a été démantelée en 2012 par le gouvernement Harper à cause notamment de son travail sur les droits des Palestiniens et l’accès à l’avortement pour les femmes.

Global Affairs HQ at the Lester B. Pearson Building, Ottawa.

Although Justin Trudeau’s government has chosen to focus on the role of civil society and women’s participation, it has not distinguished much from the previous government in supporting democratic development efforts around the world. Initiatives that have been undertaken include Canada’s resolution on the power of inclusion and the benefits of diversity in the Organization of American States, the establishment of new projects to promote the political participation of Pakistan and the announcement of $ 10 million in funding to promote and protect democracy around the world.

Toutefois, le financement a décliné en termes absolus et en pourcentage de l’aide internationale au courant de la dernière décennie. Affaires mondiales Canada (AMC) n’a aussi accordé que 4 % de son budget d’aide au développement à des projets de développement démocratique durant l’année fiscale 2017-2018, pour un total de 169,5 millions de dollars. À titre de comparaison, l’ACDI avait investi 341 millions de dollars pour des projets de gouvernance et développement démocratique en 2004-2005.


Conseillé: Foreign Aid on the Campaign Agenda


La nécessité d’un plan d’action sur le développement démocratique international  

S’il veut être pris au sérieux et s’établir en tant que leader mondial pour le développement démocratique, le prochain gouvernement devra élever son jeu d’un cran et développer une approche et une politique cohérente qui énoncerait les moteurs de l’action du Canada pour la démocratie. Un tel plan inclurait les aspects suivants :

  1. Le développement de programmes et projets de développement démocratique en fonction du contexte local. Pendant trop longtemps, les programmes de « promotion de la démocratie » ont été développés par les pays occidentaux avec une approche paternaliste visant à reproduire le modèle des démocraties occidentales. L’efficacité des efforts de développement démocratique à long terme dépend en grande partie de l’instauration d’un dialogue permanent avec les acteurs locaux afin de comprendre leurs besoins et mettre en œuvre des projets adaptés à leur réalité.
  • La définition d’axes et de pays prioritaires. Il est important que cette liste ne soit pas modifiée à chaque année ou à chaque nouveau gouvernement afin d’assurer une continuité et une meilleure efficacité des projets et programmes d’aide au développement démocratique. Le gouvernement devrait s’assurer que ses actions soient complémentaires à celles de ses partenaires et choisir ses pays-cibles en fonction des relations particulières et liens historiques entretenus par le Canada avec ces pays.  

S’il veut être pris au sérieux et s’établir en tant que leader mondial pour le développement démocratique, le prochain gouvernement devra élever son jeu d’un cran et développer une approche et une politique cohérente qui énoncerait les moteurs de l’action du Canada pour la démocratie.


  • La prise de décisions doit être basée sur des faits probants. Il est donc essentiel que le gouvernement s’assure que les actions soient le résultat d’une consultation avec les experts du milieu académique et des praticiens. À cet effet, il pourrait également offrir une aide aux programmes d’échanges universitaires pour développer son expertise sur le sujet.
  • Allouer un financement conséquent, sans quoi le plan d’action risque de devenir une coquille vide. Le financement doit également être prévisible à long terme afin que les organisations puissent élaborer leurs projets en conséquence.

Pour l’instant, les partis politiques se sont peu prononcés sur leur vision de la politique étrangère et encore moins sur le soutien aux efforts de démocratisation dans le monde. Pourtant, tel que signalé par la ministre Freeland, la situation de la démocratie est très précaire dans plusieurs régions du monde, même là où l’on croyait qu’elle était consolidée. Sans un plan d’action précis accompagné d’un financement adéquat, le Canada continuera d’être un spectateur qui laisse le populisme et l’autoritarisme gagner du terrain.  


Ce billet de blogue a été publié en premier sur le site du McLeod Group le 2 octobre 2019.


Related Articles

 

 

 

The CIPS Blog is written only by subject-matter experts.