Le règne du On the Cheap pour les F-35

Le règne du <i>On the Cheap</i> pour les F-35
Photo by Kim Tunger on Unsplash.

par David Grondin

Cela fait plusieurs années que les Forces canadiennes sont passées maîtres du faire beaucoup avec peu; le Canada fait peu d’envieux, mais son personnel est qualifié et réputé pour savoir tirer le maximum d’un matériel qui n’est pas toujours aussi performant qu’on serait en droit de s’y attendre. On peut avoir en sainte horreur la chose militaire, on peut y aller de doléances sur le fait que les Forces canadiennes servent en Afghanistan dans une mission avec laquelle tous ne sont pas d’accord. On peut même trouver que le Canada ne devrait tout simplement pas avoir de forces armées. Quelle que soit l’opinion populaire, le gouvernement canadien ne peut continuer d’un côté à dire qu’il veut une défense forte et de l’autre, à faire des achats à rabais, sans planifier le coût de renouvellement des appareils et du matériel qui pourrait s’abimer. En d’autres mots, on peut déplorer la décision d’acheter de nouveaux appareils, comme c’est aujourd’hui le cas avec les 65 F-35 qui sont appelés à remplacer les quelques 77 CF-18, mais il faut aussi qu’on puisse poser la question de savoir s’ils seront suffisants et s’ils étaient la meilleure option pour le Canada. En l’état actuel, tout porte à croire que la planification canadienne ne laisse que peu de place à l’éventualité que des appareils soient appelés à être remplacés ou ne puissent être récupérés suite à des accidents – donc que des coûts additionnels doivent être prévus pour pallier à ces manques qui surviendront suite à des accidents de parcours et à l’usure naturelle liée à l’emploi des engins militaires.

Une source au ministère de la Défense nationale me confiait d’ailleurs que le Canada aurait probablement eu mieux fait d’opter pour le EurofighterTyphoon (ci-contre), qui aurait coûté moins cher, qui aurait eu l’avantage d’être un bimoteur (une caractéristique cruciale lors de l’achat des F-18) et qui est doté d’un plus grand rayon d’action que le F-35. Fruit d’une collaboration industrialo-militaire européenne, il est d’ailleurs utilisé par six forces aériennes (allemande, britannique, saoudienne, espagnole, autrichienne et italienne).

Source : http://www.eurofighter.com/, site du fabricant EurofighterJagdflugzeugGmbH

Ce n’est pas que le F-35 (voir le site du ministère de la Défense nationale) soit un mauvais appareil, loin de là. C’est plutôt que dans la logique du Canada, on essaie de conserver les appareils toujours le plus longtemps possible en maximisant l’entretien pour prolonger la durée de vie des appareils.

 

Source : Lockheed Martin, MDN (Canada)

À 88,4 millions d’euros l’unité, soit l’équivalent d’environ 120,6 millions USD, les EurofighterTyphoon sont à meilleur marché comparé aux 138,5 millions CAD l’unité que coûte le F-35 (le Canada a déboursé 9 milliards CAD pour ces 65 appareils). Au-delà des coûts supplémentaires liés à l’achat de cet appareil, il y a aussi lieu de se questionner sur les raisons politiques qui ont guidé ce choix et le nombre apparemment insuffisant d’appareils commandés. Cela sans compter, comme le révélait ici Murray Brewster de la Presse Canadienne, que le Canada voudra reprendre de plus bel sa tradition de faire durer le matériel… alors que « Lockheed Martin prévoit cesser de produire l’avion en 2035 [et] qu’Ottawa veut voir ses F-35 dans le ciel au moins jusqu’en 2050 ». Est-ce que le Canada espère faire mentir la compagnie? Ou est-ce que le Canada est au-dessus des aléas de l’emploi de ces appareils et pourra déjouer les pronostics?

 

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