Eaux troubles en mer de Chine

Si les récentes frasques du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un ont momentanément détourné l’attention de la communauté internationale , la plus grande menace à la paix mondiale en Asie de l’Est demeure la rivalité sino-japonaise à propos des îles connues sous le nom de Senkaku(pour la partie japonaise) ou Diaoyu(pour la partie chinoise). Il s’agit d’un archipel dont la valeur est davantage symbolique qu’économique : pour la République populaire de Chine, il constitue  un contentieux territorial du temps de la politique impérialiste japonaise qu’elle se sent maintenant en mesure de résoudre de façon définitive ; pour le Japon, qui a rompu résolument avec son héritage militariste après la défaite de 1945,il s’agit d’une partie inaliénable de son territoire.

Taiwan, dont le gouvernement actuel affirme une identité souveraine à titre de République de Chine, revendique aussi l’archipel, connu dans l’île sous le nom de Diaoyutai, comme partie intégrante de son territoire. Taiwan adopte une posture qui peut paraitre incohérente et qui est difficile à justifier pour plusieurs. D’une part, les autorités taiwanaises s’alignent sur la position de la Chine populaire, laquelle nourrit à l’endroit de Taiwan des visées irrédentistes au nom de la politique d’une seule Chine. D’autre part, elles risquent de s’aliéner le soutien du Japon si jamais la Chine décidait de mettre en œuvre de façon musclée sa politique de réunification. Taiwan se trouve dans une position d’autant plus délicate que malgré son statut d’ancienne colonie japonaise – de 1895 à 1945 – sa population n’a jamais connu de poussées de fièvres antijaponaises, à l’instar des Coréens etdes Chinois du continent. L’engouement de la population taiwanaise pour la culture populaire japonaise et sa société en général contraste avec l’attitude de nombreux jeunes Chinois en colère qui, l’été dernier, n’hésitaient pas à s’en prendre à des automobilistes qui avaient eu l’infortune de conduire des voitures fabriquées en Chine, mais de marque nippone.

Le nationalisme chinois à Taiwan, faut-il le souligner, ne fait pas l’unanimité, loin s’en faut ! Pour ceux et celles qui croient en une république de Taiwan souveraine et rejettent la politique chinoise d’ « un pays deux systèmes » qui ferait de l’île une autre région administrative spéciale sous tutelle, les revendications nationalistes de leurs concitoyen-ne-s ne les concernent guère. Les dirigeants du parti nationaliste à Taiwan (théoriquement en faveur d’une réunification avec la Chine si celle-ci devient démocratique) sont conscients de l’importance du sentiment souverainiste dans l’île et cherchent tant bien que mal à composer avec cette réalité. Un alignement trop étroit avec les positions de la Chine populaire, et ce faisant, une répudiation des relations courtoises établies officieusement avec le Japon, risqueraient d’être très mal reçus par la majorité de la population taiwanaise.

Le Président Ma Ying-jeou, souffrant présentement du désenchantement de la population à l’égard de son administration, sait parfaitement qu’un ralliement aux positions de la Chine pourrait coûter très cher à son parti. Mais en même temps, l’administration Ma ne veut pas remettre en cause le capital de bonne sympathie qu’elle a réussi à accumuler aux yeux du Parti communiste de Chine en s’affichant trop près des positions japonaises. C’est dans ce contexte que Ma propose un plan de paix qui envisage une coopération entre les deux parties. Mais en l’absence d’une reconnaissance de Taiwan par les autorités chinoises, hautement improbable dans le contexte actuel, une telle approche est très problématique.

Dr. Liu Chih-kung, chef de mission du Bureau de représentation de Taipei à Ottawa, sera de passage dans nos murs le 20 mars prochain, pour nous faire part de la position du Président Ma sur le différend sino-japonais, et il se fera un plaisir de répondre à vos questions. Venez le rencontrer au FSS 4004 à 14 :30.

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