Le Canada Invisible

Par Ferry de Kerckhove et George Petrolekas; La Presse, 12 septembre 2014.

C’est avec une extrême surprise que nous avons pris connaissance des propos du premier ministre Stephen Harper selon lesquels « la contribution du Canada aux affaires mondiales n’a jamais été aussi grande qu’aujourd’hui ». Il s’agit là d’une énormité.

Tous les observateurs avisés de la scène internationale, tant à l’étranger que chez nous, déplorent l’invisibilité du Canada dans le monde sur pratiquement toutes les questions de l’heure, à part la défense sans nuances d’Israël.

Ce n’est pas l’expédition d’une centaine de soldats en Irak qui changera les choses, d’autant plus qu’on ne sait guère ce qu’ils y feront, compte tenu des différences considérables entre le terrain en Afghanistan et la scène irakienne.

Il est inutile de reprendre ici l’excellente critique assénée il y a quelques jours à peine par l’ancien premier ministre Brian Mulroney. M. Mulroney avait un sens profond de ce qu’un pays comme le nôtre peut faire à titre de rassembleur, sans passé colonial, capable de grands sacrifices dans un bel esprit d’abnégation, comme lors des deux conflits mondiaux.

Comment peut-on se vanter de notre contribution dans le monde au moment où, contrairement à la plupart des membres de l’Alliance atlantique invités à investir davantage pour montrer à la Russie de Poutine que l’OTAN prend sa menace au sérieux, M. Harper dit d’entrée de jeu qu’il n’en est pas question.

Pourtant, depuis notre désengagement de l’Afghanistan, Ottawa a comprimé le budget de la Défense nationale et reporté tous les programmes d’acquisition et d’équipement militaire au-delà de l’échéance électorale de 2015, au nom d’un équilibre budgétaire fictif.

La solidarité avec l’Alliance exige un effort qui est dans notre intérêt pour faire face à un monde de plus en plus dangereux. La population canadienne comprendrait sans peine que nous ne pouvons plus nous cacher derrière notre géographie et ignorer les menaces multiformes qui planent sur notre sécurité. Même la France, dans ce langage délibérément imprécis dont elle a le secret, a annoncé que les conditions ne sont pas réunies pour la livraison à la Russie du porte-hélicoptères amphibie de type Mistral.

Tous reconnaissent aujourd’hui que les océans sont au cœur de la prospérité mondiale puisque 90 % du commerce mondial transite par la mer. D’ailleurs, si la Russie s’est emparée de la Crimée, c’est notamment pour reprendre le port de Sébastopol afin de se redonner un accès à la mer en eau plus clémente. Une marine de guerre puissante est plus que jamais une condition sine qua non de sécurité, surtout pour le Canada, dont les côtes sont les plus longues du monde.

De nos jours – et c’est pourquoi l’affaire du Mistral a fait tant de bruit – une capacité navale amphibie, capable d’embarquer et de débarquer des troupes et des hélicoptères, entre autres pour l’aide humanitaire et l’évacuation de nos citoyens, est devenue indispensable.

L’ancien commandant suprême des forces alliées en Europe, l’amiral à la retraite James G. Stavridis, suggérait que l’OTAN achète à la France les deux navires Mistral destinés à la Russie, estimant qu’ils seraient très utiles à la nouvelle « force de réaction rapide » de l’Alliance. Le Canada devrait saisir cette occasion et acheter un de ces deux bâtiments. D’un coup, nous approfondirions nos relations déjà étroites avec la France, nous doterions notre marine d’un équipement idéal et nous montrerions à l’OTAN que le Canada ne se contente pas de parler : il agit.

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