L’Amérique du Nord : elle compte de plus en plus!

Le Council of Foreign Relations vient de publier son tout dernier rapport sur l’Amérique du Nord invitant ses pays membres à se repositionner. Nuls autres que le célèbre général Petraeus, ancien directeur de la CIA, et Robert Zoellick, ancien directeur de la Banque mondiale, en sont les co-présidents, appuyés par un aéropage d’experts. Leur message est de première importance dans le mesure où le continent nord-américain est appelé à être le pôle de relance de l’économie mondiale alors que s’essouffle la croissance chinoise, que perdure l’anémie des économies européennes, fragilisées par les événements à l’est, que la plupart des pays émergents s’enfargent dans leurs difficultés sociales et politiques, mettant un frein à leur progression, que la troisième économie du monde, le Japon vieillissant, passe à nouveau par une récession, et que peut-être seule l’Inde offre une lueur d’espoir sous la férule de M. Modi.

Le problème, c’est que la prise de conscience de l’importance de l’Amérique du Nord ne s’invente pas; elle doit être intériorisée.

C’est évidemment la montée en superpuissance du secteur énergétique américain qui est à l’origine de cette transformation de la donne internationale mais cette révolution s’accompagne aussi d’une reprise du secteur manufacturier avec l’avènement de technologies nouvelles – robotique, informatique, impression en trois dimensions, et également techniques d’exploitation des gaz de schiste. Mais il y a aussi une réforme prodigieuse entamée par le président du Mexique, Enrique Nieto qui, nonobstant les dérives désolantes au plan de la sécurité, du crime organisé et des narcotrafiquants, a fait de son pays un nouveau moteur de l’économie mondiale, avec une force ouvrière moins chère et souvent plus productive que son équivalente chinoise, devenant notamment que quatrième exportateur mondial d’automobiles. Le Canada, pour sa  part, en dépit d’une démographie faible en comparaison de ses deux voisins du sud, n’en demeure pas moins le partenaire commercial numéro un des États-Unis.

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Mais le rapport souligne que ces changements fondamentaux sur tous les plans exigent qu’un nouveau souffre soit donné à la coopération trilatérale. Il y va de plusieurs recommandations qui, à la veille de concertations nord-américaines importantes, dont celle des trois leaders, devraient inspirer le dialogue. Évidemment, outre le côté technologique et infrastructurel, les grandes négociations commerciales imposent elles aussi une réflexion : va-t-on vers une plus grande harmonisation ou au contraire divers orchestres joueront ils au même moment des partitions différentes? Il est évidemment regrettable que les relations entre les dirigeants des trois pays n’aient pas la même concordance que l’époque Bush, Fox, Martin. C’est d’ailleurs le plus grand grief que dénonce le rapport : l’absence d’attention de la présidence américaine envers ses partenaires, tout particulièrement le Canada. Il appelle à une nouvelle vision. Le problème, c’est que la prise de conscience de l’importance de l’Amérique du Nord ne s’invente pas; elle doit être intériorisée. Les meilleurs interprètes ne peuvent en être que les secteurs des affaires des trois pays, associés à des « ambassadeurs » ou « champions » au plus haut niveau de l’administration américaine.

Les recommandations du rapport visent à faire de l’Amérique du Nord un point d’ancrage de la politique américaine, de renforcer les mécanismes de coopération entre les unités infra-étatiques des trois pays – provinces, états, gouvernorats, législatures, municipalités. Mais surtout, on invite à l’élaboration d’un partenariat énergétique infrastructurel nord-américain – on présume que Keystone verra le jour à plus ou moins moyen terme.  Cela exige évidemment que les États-Unis mettent fin à leurs restrictions à l’exportation de pétrole et de gaz naturel. On sait combien, en dépit de l’Accord de libre-échange Canada-États-Unis et puis l’ALENA, les contrôles frontaliers minent les échanges, s’ajoutant à une infrastructure déliquescente. C‘est un véritable coup de fouet qui s’impose à cet égard.


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Même conceptuellement, la notion de trilatéralisme économique doit être accréditée et l’angoisse de perdre au bilatéral ce que l’on pourrait gagner au trilatéral doit être évacuée. Même la concurrence entre les trois pays dans certains secteurs ne doit pas susciter plus d’alarme que ce que le Pacte pour l’automobile canado-américain a eu d’impact pour séparer les gagnants et les perdants des deux côtés de la frontière comme l’entrepreneur Stronach l’a démontré avec Magna International.

Mais rien de tout cela n’arrivera pas à moins d’une coopération dans le domaine de la sécurité. Le Canada, frileux, ne veut pas lever son imposition de visa au Mexique; le Mexique est hostile à toute intervention américaine dans ce secteur même si l’initiative  de « la gestion de la frontière du XXIème  siècle » représente une avancée et les États-Unis  ont tendance à ne considérer la sécurité que sous leur seul angle. Il est temps de passer à un régime de sécurité nord-américain global.

À vous MM. Obama, Nieto et Harper! Un peu de courage!

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