John Baird : la voix de son maître ou pire ?

This is one of a series of CIPS Blog posts examining the legacy of John Baird as Canada’s foreign minister. See also the posts by Peter Jones, David Petrasek and Colin Robertson.

C’est assez incroyable de penser que le ministre des affaires étrangères du Canada, John Baird, vient de démissionner de son poste pour des raisons en clair-obscur, presque sans avertir son patron, du moins à la dernière minute, a été à la barre de la politique étrangère du Canada pendant près de quatre ans. Quand on réfléchit à ce que des ministres des affaires étrangères canadiens comme Lloyd Axworthy ou Joe Clark ont accompli pendant leur mandat, évidemment avec l’engagement et la participation de leurs premiers ministres respectifs, on peut s’interroger sur le bilan du ministre Baird.

Mais au départ, avant de le juger trop sévèrement, il faut se rappeler que le premier ministre Harper avait d’emblée indiqué qu’il n’allait pas s’embarrasser à tracer une vision du rôle du Canada sur la scène internationale et qu’il préférerait réagir aux événements au cas par cas. Contrairement à la plupart de ses prédécesseurs, M. Harper n’a jamais entrepris un examen d’ensemble de la politique étrangère, imitant en cela, son grand favori John Diefenbaker.

La politique étrangère de M. Baird a été faite de terre brûlée et d’actions au seul service d’intérêts politico-électoraux internes.

Comme le disait si bien John Ibbitson, même avant John Baird, la politique étrangère Harper allait changer profondément. Avec Baird, le rejet du passé devint la pierre angulaire de son comportement. À une réflexion parfois trop sophistiquée, voire occasionnellement un peu pompeuse allait succéder une démarche populiste, au ras des pâquerettes; le langage un peu compassé de la diplomatie était remplacé par les 140 caractères d’un « tweet »; aux analyses équilibrées, on substituait des coups de gueule; la coopération et surtout tout effort de compréhension, signes de faiblesse, était écarté au profit d’une confrontation faite de rodomontades, de dénonciations et de condamnations.

Au multilatéralisme décrié, on répondait par l’arrogance et des arguments péremptoires, faisant fi des avis  des fonctionnaires des affaires étrangères les rares fois où ils s’étaient consultés. Pauvre ministère, ombre de sa gloire passée et de son influence d’antan. M. Baird, à l’instar de son gouvernement, préférait parler de commerce que de paix et de sécurité. L’aide extérieure devenait une arme commerciale et d’investissement. Sécurité humaine, opérations de maintien de la paix, responsabilité de protéger, tout cela avait la tare indélébile d’être à la fois des créations, voire des créatures libérales, en plus d’être trop onusiennes et certainement trop multilatérales.

Ajoutez à cela un fort courant idéologique qui faisait que contrairement aux décennies précédentes d’une la politique étrangère canadienne généralement bipartisane, à preuve les remarquables contributions du tandem Mulroney-Clark, poursuivi par l’équipe Chrétien-Axworthy, la politique étrangère de M. Baird a été faite de terre brûlée et d’actions au seul service d’intérêts politico-électoraux internes. Le bien commun de l’humanité n’a jamais été qu’une considération secondaire, quand elle était même une considération.

Ce n’est pas que M. Baird n’ait pas été un travailleur acharné et un grand pigeon voyageur – ça fait partie des descriptions de tâches des ministres des affaires étrangères. C’est sur le fonds que le bât blesse. Sur le dossier israélo-palestinien, la voix de son maître a joué à l’apprenti sorcier comme dans le cas de son escapade à Jérusalem-Est pour soi-disant juste prendre un café avec Madame Livni, ministre de la justice est responsable du dossier israélo-palestinien. L’absence totale d’équilibre dans la position canadienne, endossant tous ce que faisait M. Netanyahou, refusant même d’évoquer l’expression « intolérable » des territoires occupés, a fini par faire en sorte que le Canada n’était même plus considéré comme un interlocuteur au valable.

Les critiques de M. Baird envers John Kerry qui se démenait comme un diable dans un bénitier pour essayer d’arriver à une paix ou Moyen-Orient, critiques redoublée envers les pourparlers entre le P5+1 et l’Iran sur le dossier nucléaire, aurait constitué des crises graves avec les États-Unis si l’opinion du Canada avait eu la moindre importance. L’absence de pertinence faute d’audience internationale n’est pas un héritage dont notre ministre démissionnaire devrait être fier si ce n’est que la faute en incombe aussi beaucoup à son patron dont la belle attitude ferme et virile face à la Russie nous exclura probablement de tout dialogue futur.

Enfin le dossier multilatéral du gouvernement ou de son porte-parole – qui ne comprit jamais qu’une institution multilatérale n’est jamais que le reflet de ses membres, ou refusa de le faire -est déplorable sur tout un ensemble de points, qu’il s’agisse de nombreux traités non signés en matière de droits de la personne, de l’obstruction faite sur la Déclaration des droits des peuples autochtones de l’ONU, du refus de signer le traité sur les armes que même les États-Unis ont endossé, du retrait de la convention sur la désertification, de l’attitude désinvolte et méprisante à l’égard des représentants spéciaux du secrétaire général de l’ONU en visite au Canada, de l’attitude cavalière au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, du retrait du protocole de Kyoto, et bien d’autres manquements.

Que dire enfin d’un homme qui a été totalement écarté de l’excellente décision de M. Harper d’apporter son aide au dialogue américano-cubain ? Serait-ce que même M. Harper s’inquiétait d’une bévue possible? John Baird ne passera pas à l’histoire.

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