La relation israélo-américaine : le danger Netanyahou

Quand Susan Rice a dit à Charlie Rose que l’insistance de Netanyahou à vouloir parler au congrès américain du danger que représentent les négociations avec l’Iran et ainsi à vouloir saboter les efforts du président Obama, « avait un effet destructeur sur l’essence de la relation entre les deux pays », elle expliqua fort à propos que la politique américaine vis-à-vis d’Israël avait toujours été non partisane et que le premier ministre israélien en dénaturait l’essence.

Il s’agit là de la phrase la plus brutale jamais prononcée par un haut représentant de l’administration américaine vis-à-vis d’un premier ministre israélien. Elle reflète le degré pas seulement d’antipathie – les sentiments personnels ne pouvant à eux seuls définir une politique – mais surtout des perspectives diamétralement différentes sur l’avenir de la région éminemment perturbée du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord.

Il est remarquable dans ce contexte que les experts du renseignement américain et leurs homologues israéliens ont une analyse identique de la situation actuelle sur le terrain nucléaire iranien. Ils s’entendent sur le respect par l’Iran des mesures dégagées de l’accord intérimaire, comme le blocage par l’Iran de l’enrichissement de son uranium à 5 % de l’isotope U235, la dilution de son stock d’uranium à 20 %, ou l’absence d’ajout de composantes majeures aux réacteurs à eau lourde d’Arak. Même s’il n’y a pas encore d’accord sur le nombre définitif de centrifugeuses, il est clair que le dialogue se poursuit et qu’un accord pourrait même se dessiner si les conditions fondamentales sont remplies à savoir, empêcher l’Iran de construire et de déployer des armes nucléaires. Aujourd’hui l’Iran n’est pas en mesure de se doter de l’arme nucléaire et le cœur de la négociation vise à la fois à conclure un accord sur la durée et à se donner un temps de réaction suffisant, au minimum un an, pour pouvoir empêcher ce que d’aucuns appellent «break-out », la fabrication furtive par l’Iran de la bombe.


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En fait, la vraie question qui se pose, c’est dans quelle mesure on peut donner à l’Iran en retour des garanties de sécurité à la fois contre Israël et contre les états arabes voisins mais surtout lui permettre d’exercer une réelle influence dans la région. Il est évident que Netanyahou, qui électoralement veut faire flèche de tout bois, interprète délibérément les analyses des experts de façon différente et dramatique. Électoralement, la carte iranienne lui permet de jouer sur la peur d’autant plus que sur la question palestinienne le blocage est total et que les espoirs ne serait-ce que d’une simple reprise des négociations sont totalement éteints. Le chemin à parcourir est devenu tellement accidenté que même la gauche a du mal en faire son cheval de bataille.

Mais alors que pour Obama une nouvelle donne générale dans la région permettrait d’une part d’éliminer la menace nucléaire iranienne et d’autre part de rendre à l’Iran une certaine influence stabilisatrice dans la région au cas où l’Arabie Saoudite se trouvait à perdre de vitesse en raison d’une implosion intérieure, reconfiguration que les États-Unis peuvent se permettre à mesure qu’ils dépendent moins du pétrole du Moyen-Orient, pour Israël, même avec un accord nucléaire irano-américain, marqué d’incertitude si complet soit-il, la perspective d’un changement dans les rapports de force dans la région est inacceptable. Autant l’ennemi arabe commun, divisé et morcelé, avec l’Égypte et la Jordanie résolument dans le camp israélien et la Syrie et l’Irak en proie aux déchirements internes, demeure gérable pour l’État hébreu, autant l’Iran théocratique, autorisé à exercer son influence dans la région, représente pour Israël sinon une menace existentielle, du moins un sérieux opposant qui lui sera toujours résolument hostile.

Netanyahou fera l’impossible pour forcer le président Obama à défendre un accord avec l’Iran face un congrès le plus hostile possible. Pour ce faire, jouant avec le feu, il essaiera de faire partager aux membres républicains majoritaires ses propres doutes à l’endroit de quelque accord que ce soit, qu’importe la communauté de vues entre experts israéliens et américains.

Dans le contexte actuel d’instabilité au Moyen-Orient, de la lutte contre l’État islamique, des incertitudes quant à l’avenir de l’Arabie Saoudite, de la chute en enfer de la Libye, de l’extension du terrorisme au Sahel, au Nigéria, du retour inéluctable des talibans en Afghanistan et de l’effondrement du contrôle de l’État sur de vastes parties du Pakistan, le jeu de Netanyahou est dangereux. Il est à espérer que le président Obama puisse léguer à l’humanité un accord solide avec l’Iran.

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