Amadou Gon Coulibaly : La mort de l’héritier et candidat présidentiel

Amadou Gon Coulibaly : La mort de l’héritier et candidat présidentiel

La mort du Premier Ministre Amadou Gon Coulibaly, le 8 juillet 2020, a plongé la Côte d’Ivoire dans une incertitude politique sans précédent. Sa mort conduit non seulement à un rebattage des cartes au sein du RHDP (Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix), son parti politique, mais aussi bouleverse tout le jeu politique pendant cette période électorale.


La candidature d’Amadou Gon Coulibaly rimait avec une assurance tout risque pour Ouattara

Collaborateur d’Alassane Drame Ouattara depuis une trentaine d’années alors que ce dernier était Premier Ministre au début des années 1990, Amadou Gon Coulibaly le restera jusqu’à la fin de sa vie. Lors de son retour à Abidjan le 02 juillet dernier après avoir passé deux mois à Paris pour ses soins cardiaques, Gon Coulibaly avait déclaré au Président Ouattara venu l’accueillir à l’aéroport : « Monsieur le Président, je voudrais simplement dire en retour que je vous aime ». Une semaine après, à l’annonce de la mort de Gon Coulibaly, le Président Ouattara dira : « Je rends hommage à mon jeune frère, mon fils Amadou Gon Coulibaly qui a été pendant 30 ans mon plus proche collaborateur ».

dix ans après le dernier conflit armé qui a fait officiellement plus de 3 000 morts, la réconciliation est encore à faire et où la vengeance est encore à l’ordre du jour

Ces quelques phrases échangées entre ces hommes traduisent bien ce qui est au cœur de la politique en Côte d’Ivoire. Dans un pays où, dix ans après le dernier conflit armé qui a fait officiellement plus de 3 000 morts, la réconciliation est encore à faire et où la vengeance est encore à l’ordre du jour, ce qui importe, ce ne sont pas seulement les compétences techniques, mais aussi et surtout la confiance et l’assurance d’être à l’abri de tout règlement de compte. En effet, Gon Coulibaly était « le fils et l’héritier politique » du Président Ouattara qu’il avait imposé comme candidat du RHDP pour la prochaine élection présidentielle sans que celui-ci ait été élu par le parti lors de primaires. Ceci permettait d’éviter un scénario possible à la « Edouardo Dos Santos » où le dauphin, une fois élu président, s’est mué en inquisiteur contre son ex-mentor.


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La tentation d’un troisième mandat pour Ouattara est de plus en plus forte

Les événements de ces dernières semaines montrent le RHDP comme une voiture sans une roue de secours. La mort de Gon Coulibaly a créé un vide tel que l’on a l’impression que l’architecture du parti présidentiel s’est effondrée. Cela a mis à nu les dissensions au sein du RHDP qui peine à lui trouver un remplaçant. Le Président Ouattara semble n’avoir préparé qu’un seul dauphin, celui dont il avait suffisamment confiance au point de le considérer comme étant son fils. Aussi la mort du fils unique prend-elle des allures d’une tragédie pour le « royaume » et tend à devenir une force majeure qui pousse le père à renoncer à son serment de quitter le trône.

En effet, le 5 mars 2020, le Président Ouattara déclarait avec solennité au parlement réuni en Congrès : « J’avais, à plusieurs occasions, indiqué, au moment de l’adoption de la Constitution de la IIIe République en 2016, que je ne souhaitais pas me représenter à un nouveau mandat présidentiel. En conséquence, je voudrais, vous annoncer solennellement, que j’ai décidé de ne pas être candidat à l’élection présidentielle du 31 octobre 2020 et de transférer le pouvoir à une jeune génération ». Revenir sur cette décision serait un recul évident de la démocratie et affecterait négativement la stabilité nationale déjà précaire.

SANTA, MAN REGION, IVORY COAST – 15 AOÛT: Les soldats de Caporal Zana, également un chef rebelle des FAFN, ont arrêté un détachement d’un escadron C, 1er régiment de cavalerie étrangère alors que le convoi est entré sur son territoire le 15 août 2004 en Côte d’Ivoire. Caporal Zana contrôle 115 hommes, tous des jeunes hommes de la région. Ils taxent les habitants de passage, sous forme d’argent, de nourriture, de vêtements et de tout ce qui peut les aider à survivre. (Photo par Jonathan Alpeyrie / Getty images)

Un processus électoral de plus en plus tendu, délicat et incertain

Les secousses au sein du parti présidentiel, le RHDP, bouscule tout l’échiquier politique. A la grande polarisation entre les partis politiques qui se regardent en chiens de faïence, s’ajoutent les divisions internes à chaque parti que ce soit le RHDP, le PDCI (Parti Démocratique de Côte d’Ivoire), le PFI (Front Populaire Ivoirien), etc. A trois mois de l’élection présidentielle prévue le 31 octobre 2020, il y a encore beaucoup d’incertitudes qui font que la date du 31 octobre serait difficilement maintenable.  En outre, un consensus n’est pas encore trouvé sur la Commission Électorale Indépendante (CEI). Le niveau de la légitimité de la CEI aura un impact sur la crédibilité du vote et du résultat de l’élection présidentielle. 

A cela s’ajoutent d’autres facteurs structurels de risques que le processus électoral va exacerber. On peut citer, entre autres, l’histoire récente de la guerre civile dont les blessures sont encore béantes, faute d’une réconciliation réussie, les conflits fonciers intercommunautaires, les inégalités socioéconomiques et les disparités régionales qui nourrissent les tensions ethniques, la politisation des appartenances ethniques et régionales. De plus, la prolifération des armes dans le pays, les discours de haine sur les médias sociaux, ainsi que les attaques terrorismes récentes dans le nord du pays à la frontière avec le Burkina Faso et le Mali, constituent autant de facteurs qui appellent une attention particulière au processus électoral en cours afin qu’il ne dégénère pas en violence. 

Somme toute, avec la mort d’Amadou Gon Coulibaly, le processus électoral est en panne et la Côte d’Ivoire avec elle. Espérons que les acteurs politiques ainsi que les organisations de la société civile sauront relancer le jeu politique tout en préservant son caractère démocratique pour que la paix se consolide dans le pays.


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